lettres de galice (4)

Publié le par MN


     















 

 Chaque année, un couple de gitans dépenaillés, sans doute moins misérables qu’il n’y a guère, du temps où nous voyions arriver en cahotant sur les routes défoncées ce qui leur tenait lieu de roulotte, installe l’unique « tenderete » de foire sur la place principale. Au tout début, ils me fendaient le cœur et puis, d’un coup, ils ont interprété l’euro à leur manière et les « chuches » qu’ils vendaient pour quelques dérisoires pesetas ont atteint des sommets, or que ce soit en Galice ou dans le reste de l’Espagne, on ne refuse pas une « cochonnerie » à ses enfants ! Une certaine prospérité a donc permis à nos gitans d’acheter la fourgonnette qui les abrite et les trimballe d’un bled à l’autre mais la matrone n’a jamais renoncé à son chignon ni à ses bas de laine noire « tricotés main ».

 Vous l’avez compris, c’est jour de fête au village. Fête patronale, cela s’entend, car on ne pourrait concevoir ici, où l’on craint chaque jour que la mer prenne un fils ou un mari, de ne pas célébrer le saint patron

                                 

 Une fois que les devoirs sont remplis (et dans cette Galice-là, on ne badine ni avec Dieu ni avec l’hymne galicien), on peut s’abandonner pendant quarante huit heures à de folles festivités. Les mêmes hommes graves qui portaient d’un pas lourd et cadencé l’image de Saint Roch vont de taverne en taverne pour se livrer à des concours de chansons dites « de tasca », qui ne sont pas des chansons à boire mais très souvent de belles chansons de marins, ou de montagnards, des ballades qui remontent au temps où la Castille n’était même pas une terre pour les cochons et où la culture gallego-portugaise précédait celle des troubadours.

 Ne croyez pas que tout cela se fasse pour le touriste… car des touristes, il y en a peu, quoique ces dernières années, les madrilènes daignent s’égarer en ces lieux « d’attardés » attachés à leur langue et à leur folklore. De tous temps l’Espagne a eu ses « belges » si l’on peut dire… c’étaient ces gallegos, forcément lourds avec leurs binious (les gaitas) et leurs têtes de mules, des pauvres gens qu’une certaine forme d’exploitation a toujours maintenus loin des luttes collectives et qui furent forcément la proie de certaines manipulations. N’oublions pas que nous sommes ici dans ce qui fut un fief franquiste jusqu’au trognon, mais aujourd’hui, c’est peut-être une autre histoire…

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Publié dans Humeur

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