des idées de gitan(e)...

Vous me trouviez plutôt muette, n'est-ce-pas ? C'est que je ruminais. Traduisez : je faisais la gueule... Allez donc marier votre fille à une famille qui tient à son standing ! C'est sûr, vous vous retrouvez dans un château du Luberon, avec des petites fleurs roses et blanches, des tulles, des perles et des petits noeuds-noeuds partout, du papier ivoire, des dragées et tout le tra-la-la, sans compter les cantiques à l'église... alors, avec une fille non baptisée et une mère rebelle qui n'aime que les mystiques espagnols poursuivis par l'Inquisition, les morisques et les juifs foutus dehors par des majestés catholiques, vous voyez le tableau...
Moi, je voulais de la récup, de l'art brut, de la bidouille, des bouts de ficelle, des canettes recyclées en oeuvre d'art, et des cailloux, des roseaux ramassés sur les chemins, de l'accordéon et de la guitare manouche, un truc Chat Noir Chat Blanc à la Kusturica, quoi. Quand j'ai vu la tête de la "belledoche" (l'autre, forcément, pas moi, non mais vous me voyez en belledoche ? laissez-moi encore quelques illusions!), j'ai compris que mes idées de gitan, ce n'était pas bon pour son standing. Vous imaginez la déprime. Mais heureusement, j'ai lu Tintin dans ma jeunesse et j'ai une petite soeur ! En larmes (style Femme au bord de la crise de nerfs), j'appelle ma frangine. Elle me répond : "pas de bile, je débarque en roulotte et je te fais le coup des romanos à Moulinsart". Géniale, la p'tite soeur, elle aime la rigolade et les défis, alors chiche, du manouche, du rom et du tzigane, on va leur en donner et on ne va pas se gêner puisque c'est moi, moi qui vous parle, qui suis chargée de la déco de la salle de réception ! Ah, erreur fatale de la belledoche qui a réparti les rôles : l'église pour elle, la bouffe pour moi ! Pour l'apéro, déjà, ça sera du croate, et vlan!
Ensuite, le moulin se met à tourner à toute vitesse : trouver des châles bien colorés (devinez où ? sur le net, chez les russes, ou dans le "cafoutch" à côté de l'église orthodoxe, ouah! il y en a de supers !), des oeillets bien pétants, de l'osier, du fer blanc, mes diverses guitares, et , et, et... l'idée qui me prend en voiture (un lieu de méditation pas mal, comme la douche ou le tas de compost de mon jardin...) : confectionner des éventails géants en allant rafler tous les prospectus chez Truffaut and C° et en recyclant tous les Ma maison Mon jardin, ou l'inverse, empilés dans les toilettes (autre lieu de méditation, vous voyez que je ne suis pas fréquentable) !
Donc, cette nuit, dans mon grenier, je suis retournée à la maternelle, vous savez quand les maîtresses vous font découper des papas et des mamans dans les magazines et qu'ensuite il faut les coller et les décorer pour les offrir, et les papas et les mamans, ils vous disent d'un air béat "oh! c'est joli ma chérie!" tout en se demandant où ils vont bien pouvoir stocker tout ça (surtout s'il y a un cadre en coquillettes autour...) .
Alors, voilà le travail, plissé, ça fait un mètre d'envergure, et ce n'est que le premier. Pas assez pétant, je vais trouver les bonnes couleurs, vous allez voir ! Vous ne croyez tout de même pas que j'allais aussi accepter les ballons nacrés blancs, non ?
(PS : pour la culture, quand même, "des idées de gitan", ce n'est pas de moi, c'est de Garcia Marquez, dans le premier chapitre de Cent ans de solitude, quand José Arcadio Buendia découvre que la terre est ronde et décide de partir en expédition. Ses idées sont fantastiquement excitées par la venue, une fois par an, d'une troupe de gitan dont le chef, Melquiades, un peu philosophe, un peu alchimiste, apporte de nouvelles inventions -la machine à fabriquer la glace, l'aimant, des cartes géographiques, un dentier etc.-. Or, José Arcadio a une femme, Ursula Iguaran, et elle, elle a les pieds sur terre -elle se bouche les oreilles avec de la cire pour que le chant des oiseaux ne la détourne pas de ses obligations!-. C'est Ursula qui envoie promener José Arcadio : "Si tu dois devenir fou, deviens-le tout seul (...), mais n'essaie pas de mettre dans la tête des enfants tes idées de gitan !" Bon mais, pendant plus de trente ans j'ai lu ce chapitre à toutes mes classes, donc, les "anciens", essayez de vous souvenir, surtout ceux qui étaient avec Catherine Deleigne, Christine Gimenez et Olivier Boudon, vous y eu droit, j'en suis sûre ! Préparez-vous, je fais une interro demain ! )
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